CAPRINS
Un autre modèle pour la filière chevreaux

Las de ne pas parvenir à valoriser suffisamment leurs chevreaux, les éleveurs de chèvres des trois principales organisations syndicales défendent d'une seule voix un nouveau modèle pour la filière, en favorisant notamment l'émergence de circuits courts.

Un autre modèle pour la filière chevreaux
Le prix du chevreau naissant a chuté de 80 % en deux ans. ©DR

Trois syndicats agricoles - la Fnec (éleveurs de chèvres, FNSEA), la Confédération paysanne et la Coordination rurale - plaident d'une même voix, dans un communiqué du 17 juin, pour « un autre modèle économique » où « chaque maillon retrouve de la valeur au sein de la filière chevreaux ». Depuis le début de la crise de la Covid-19, la filière connaît de grandes difficultés. La France a perdu près de 50 % de ses débouchés pour la viande de chevreaux à l'export au printemps 2020, en plein pic habituel de la consommation à l'approche de Pâques. Et les chevreaux non expédiés ont été massivement congelés. « Aujourd'hui la situation du marché est globalement assainie au niveau des stocks de chevreaux. Mais le contexte inflationniste du prix de la poudre de lait impacte la rentabilité de l'activité d'engraissement et la menace de baisse du prix du chevreau naissant revient sur le devant de la scène », indique le communiqué des éleveurs. Ceux-ci précisent qu'en deux ans, le prix du chevreau naissant a chuté de 80 %.

Changer de modèle

Les éleveurs laitiers sont payés « entre un et deux euros » par chevreau naissant par les engraisseurs. Ces derniers reconnaissent que ce n'est « pas satisfaisant », explique le communiqué, mais eux-mêmes subissent la hausse du prix de la poudre de lait. Les éleveurs interpellent donc les acteurs de l'aval. « Demander à la filière laitière de payer n'est pas une solution durable : il faut absolument que la hausse des coûts de production soit répercutée dans le prix du chevreau gras », affirment-ils. Les trois syndicats s'accordent sur la nécessité de changer de modèle et recommandent « une diminution du nombre de chevreaux entrant dans le circuit long », avec des lactations longues, l'utilisation de semences sexées et le recours à des alternatives à l'abattage. Les syndicats demandent le soutien de l'État pour maintenir des outils d'abattage de proximité. Ils préconisent aussi « le développement de l'engraissement des chevreaux à la ferme pour désengorger le circuit classique, et pour mieux répondre aux attentes sociétales ». Cela induirait que les abatteurs acceptent « d'abattre des chevreaux gras engraissés à la ferme ». Un rapport de septembre 2021 du CGAAER soulignait la position « oligopolistique » dans laquelle se trouvait la filière qui dépend de trois abatteurs. « Les abatteurs fixent les prix et en détiennent le pouvoir, les relations contractuelles commerciales sont inexistantes, les informations économiques ne sont pas toutes partagées et l'interprofession reste balbutiante », résumaient les rapporteurs.

J.G