FNEDT
Entretenir la forêt pour la protéger

Quelques mois après les incendies de l’été 2022, la Fédération nationale des entrepreneurs des territoires s’est rendue dans le Jura pour passer en revue les solutions envisageables afin de rendre la forêt plus résiliente face aux incendies. Élagage des arbres, taille des haies, obligation de débroussaillement, création de dessertes et de coupe-feu mais aussi replantation ont été évoqués.

Entretenir la forêt pour la protéger
(de gauche à droite) Jordan Caillon, entrepreneur à Gigny-sur-Suran, Gérard Napias, président de la FNEDT, Julien Fourtier, entrepreneur à Macornay et Fernando Da Costa, président des entrepreneurs de territoires de Bourgogne Franche-Comté. ©Jura agricole

Mille hectares ont brûlé dans le Jura, 300 ha dans les Vosges. Une ampleur rarement connue dans ces massifs. Les entreprises de travaux forestiers et agricoles étaient en première ligne aux côtés du SDIS, de la Défense de la forêt contre les incendies (DFCI), des maires et des agriculteurs pour accompagner la lutte sur le terrain. Gérard Napias, président de la Fédération nationale des entrepreneurs des territoires (FNEDT), s’est rendu dans le Jura pour échanger avec des entrepreneurs et les forestiers locaux et évoquer les conséquences de ces incendies ainsi que les mesures de prévention à mettre en œuvre pour qu’un tel sinistre ne se reproduise pas. Originaire des Landes, il connaît bien le sujet, car ce département a été particulièrement touché par les feux de forêt l’été dernier.

Création de voies d’accès

« La protection contre les incendies devrait être incluse dans les plans de sauvegarde communaux et des chemins d’accès doivent être créés, estime Gérard Napias. Surtout sur le deuxième plateau ou les terrains sont très accidentés avec beaucoup de dénivelés. » Pour Christian Bulle, président du syndicat régional des propriétaires de forêts privées, la création de dessertes est en cours à travers les projets d’ASA, mais leur mise en place est longue : sept ans en moyenne dans le Jura. L’entretien des forêts est primordial dans la lutte contre les flammes. Gérard Napias a pris l’exemple de la Teste-de-Buch, près du bassin d’Arcachon, ravagée par les incendies en juillet. « Dans cette forêt, le législateur a interdit d’abattre des bois, y compris pour les propriétaires, dans le but de préserver la faune et la flore. Il n’y avait aucun chemin ni pare-feu, les pompiers ont eu énormément de mal pour y accéder. Mais ça a eu l’effet inverse : de nombreux animaux sont morts dans l’incendie, même des oiseaux désorientés par la fumée. » 
Il regrette qu’aux yeux du grand public la nature doive rester sauvage : « Les entrepreneurs doivent expliquer à la société qu’il ne faut pas bannir les interventions humaines car elles servent aussi à protéger les écosystèmes ». Mais les idées reçues sont tenaces. «  Nous sommes régulièrement interpellés, parfois avec agressivité, lorsque nous débroussaillons ou taillons des haies », raconte Fernando Da Costa, président des entrepreneurs de territoires de Bourgogne-Franche-Comté. Sur le terrain, les entrepreneurs des travaux agricoles et forestiers sont également confrontés à l’application des différentes réglementations, du code de l’environnement à la conditionnalité des aides Pac, dont les mesures n’ont pas été pensées pour la prévention des incendies (la taille et la coupe des arbres sont par exemple interdites du 1er avril au 31 juillet).

Une échelle pour le feu

Le président de la FNEDT cite l’exemple de la forêt des Landes : « les lignes sont débroussaillées tous les cinq ans mais nous ne passons pas entre les arbres. Les pins les plus jeunes n’ont jamais été élagués pour des raisons économiques. Les flammes sautaient d’un arbre à l’autre. Ceux de 40 ans, qui autrefois étaient élagués, ont beaucoup mieux résisté ». Pour Christian Bulle, cette solution est difficilement applicable aux forêts jurassiennes en « futaie jardinée » ou les arbres de toutes tailles sont mélangés. « C’est vert partout, c’est une véritable échelle pour le feu  », explique-t-il. Autre enjeu majeur face à la sécheresse : la replantation des forêts. La FNEDT appelle à une mobilisation rapide et totale des entreprises, de la filière forêt-bois, des centres de formation et des pouvoirs publics. Si cette replantation est mal gérée, l’industrie du bois pourrait manquer de matière première pendant plusieurs années. Après l’incendie de Maisod (Jura) en 2018, la régénération naturelle a été stoppée par les cerfs et les chevreuils qui mangeaient les jeunes pousses.

S.C.

En août dernier, une forêt de pins et de sapins a été la proie des flammes, près de la commune de Montrevel, dans le Jura. ©Jura agricole