TÉMOIGNAGE
« Le niveau de conseil que l’on demande n’est plus le même »

Du côté des agriculteurs, les besoins de conseils ont grandement évolué lors des dernières décennies. Aujourd’hui, leurs attentes en la matière sont de plus en plus poussées.

« Le niveau de conseil que l’on demande n’est plus le même »
Romain Longefay, agriculteur au Gaec Grain d’Ozon à Saint-Symphorien-d'Ozon (Rhône).

Ancien conseiller agricole au sein de JA puis de la FDSEA du Rhône, Romain Longefay est aujourd’hui agriculteur au Gaec Grains d’Ozon en grandes cultures. Le céréalier constate que le métier de conseiller agricole a beaucoup changé depuis la période où il l’exerçait. « Les demandes d’accompagnement que l’on recevait il y a 20 ans étaient plutôt simples. S’il y avait un litige par exemple on faisait un recours classique qu’on envoyait par courrier à la direction départementale de l’agriculture qui pouvait trancher. Quand j’ai arrêté en 2019, les directions départementales n’avaient plus ce poids, les procédures étaient devenues plus complexes, à des échelons régionaux ou nationaux, ce qui nécessitait plus d’expérience », constate Romain Longefay. Cette complexification se ressent dans le niveau de formation des accompagnants agricoles « Personnellement, je suis titulaire d’un BTS, il n’y en a plus aujourd’hui dans les métiers du conseil agricole : les professionnels ont généralement des formations de niveau ingénieur. Sans doute aussi du fait que le niveau d’études des agriculteurs eux-mêmes a augmenté. Aujourd’hui, ils ont souvent un bac plus deux, voire quatre ou cinq, donc leurs besoins en conseils ont aussi évolué ». Associé au Gaec Grains d’Ozon depuis 2019, qui produit principalement des céréales en agriculture biologique – dont une partie est transformée en pâtes alimentaires et en farine sur l’exploitation – Romain Longefay constate une complexification des besoins d’accompagnement. « Le niveau de conseil que l’on demande n’est plus du tout le même qu’il y a 20 ans. Par exemple, nous avons sur notre exploitation une obligation de mettre des couverts végétaux en hiver. Entre les dates auxquelles nous devons planter, celles où on peut les retirer, ce qu’on doit mettre selon le type de sol, la culture qu’il y avait avant… c’est vraiment très technique. » L’évolution des normes agricoles entraîne donc une demande grandissante en matière de conseils, avec des besoins bien spécifiques.

Du conseil commun au cas par cas

« J’ai fait du conseil sur la Pac dans les années 2000. On voyait 30 personnes dans la journée et on donnait à peu près les mêmes conseils car les dossiers et les règles qui s’appliquaient étaient similaires. Aujourd’hui, chaque exploitation a un niveau d’exigence en matière réglementaire qui est important, et le conseil doit s’appliquer plus au cas par cas », constate Romain Longefay. En bio comme en conventionnel, les filières se sont complexifiées, et les agriculteurs attendent aujourd’hui des réponses précises à leurs besoins de plus en plus spécifiques. Pour Romain Longefay, cette précision accrue dans les besoins en conseil s’explique aussi par la monétisation dudit conseil, qui s’est généralisée dans les années 2010. « Aujourd’hui, la plupart des conseils sont payants, soit par des abonnements à un service à l’heure si vous demandez à un technicien d’intervenir sur votre exploitation. De fait, les attentes ne sont pas les mêmes : quand on vous fait une facture à la fin, le niveau d’exigence augmente », constate-t-il. Une autre évolution notable dans le conseil agricole est la présence accrue du numérique dans le quotidien. « Il y a maintenant un besoin d’immédiateté dans le conseil qui n’existait pas avant. Aujourd’hui, dans la mesure où tout le monde a un mail et un téléphone portable, les délais de réponses attendus ne sont plus les mêmes, mais ce n’est pas spécifique au monde agricole », conclut Romain Longefay.

Zoé Besle