Élevage
« Il y a de l’avenir dans la filière laitière »

Le Criel Alpes Massif central (AMC) a tenu son assemblée générale le 7 juin dans la Loire. Jean-Michel Javelle a passé la main de la présidence à Florent Kaplon, ancien président du collège entreprise de transformation privées. Interview croisée. 

« Il y a de l’avenir dans la filière laitière »
Jean-Michel Javelle a cédé sa place de président du Criel AMC à Florent Kaplon. ©MCSB-Apasec

L’assemblée générale est l’occasion de dresser le bilan de l’année écoulée. Quel est votre bilan de 2023 pour la filière laitière régionale ?

Jean-Michel Javelle, éleveur et président sortant du Criel AMC : « L’année 2023 a été marquée par le déploiement de la Charte d’avenir bovin lait* qui a été insufflée par le Criel et largement soutenue par la chambre régionale d’agriculture et Jeunes agriculteurs Auvergne-Rhône-Alpes. Aujourd’hui, nous recensons 51 inscrits, nouveaux porteurs de projets. Je pense que ce n’est qu’un début. Nous avons franchi une nouvelle étape en octobre dernier avec la reconnaissance du fonds collectif Avenir lait en fonds de dotation qui permet la participation de nos partenaires en mécénat.  En repensant à 2023, je ne peux, par ailleurs, que saluer tout le travail que nous avons conduit avec la Région Auvergne-Rhône-Alpes avec notamment la signature du plan filière bovin lait 2023 – 2027. C’est un soutien de taille à notre filière dans toutes ses composantes. »  

Florent Kaplon, directeur amont des établissements Paul Dischamp et nouveau président du Criel AMC  : « La soirée raclette organisée à l’occasion du Sommet de l’élevage à Cournon a été pour moi un temps fort de l’année 2023. Elle a permis de bien mettre en avant la filière laitière à ce rendez-vous de l’élevage. Il n’y avait en effet jusqu’à présent aucune animation très marquée pour notre filière.  Elle a été une véritable mise en avant de nos produits et des hommes et des femmes qui en sont à l’origine. La mise en place de la Charte est par ailleurs importante. Pour l’avenir de notre filière, il faudra des hommes et des femmes qui s’installent, qui reprennent les fermes laitières. Nous devons au niveau de l’interprofession donner envie aux personnes qui veulent embrasser les métiers de notre filière d’y aller, leur montrer qu’il y a de l’avenir. »

Sur le plan conjoncturel, 2023 a connu une progression du prix du lait. L’embellie est-elle notable pour l’ensemble des segments ?

J.-M. J. : « L’amélioration du prix du lait a en effet été bénéfique pour les éleveurs, toutefois, je me dois de soulever quelques points de vigilance notamment pour les segments importants pour notre territoire que sont les produits en appellation d’origine protégé (AOP) ou le bio. Pour ces deux segments, l’inflation des prix a été beaucoup moins profitable car les marchés ne sont pas au rendez-vous. Nous devons continuer à expliquer aux consommateurs les spécificités de nos appellations, les cahiers des charges qui sont inhérents et qui sont gages de leur qualité. Nous devons sans cesse rappeler que tous les échelons de la filière laitière font partie de notre territoire. Ils doivent être reconnus par le consommateur pour qu’il soit prêt à payer le juste prix pour ces produits. »

Quels sont selon vous les défis qui se présentent face aux acteurs de la filière régionale et les leviers pour les relever ?

J.-M. J : « Pour assurer l’avenir de notre filière, nous avons besoin de tous les bras. Nous devons obtenir une juste rémunération pour assurer le renouvellement des générations et ainsi assurer la transition écologique de notre filière. En effet, le juste prix pour l’ensemble de nos produits laitiers permettra d’assurer le revenu de l’éleveur et le renouvellement des générations. Il permettra également de financer les adaptations pour décarboner notre filière et faire face aux changements climatiques. »

F. K. : « Je suis d’accord avec Jean-Michel Javelle, pour assurer un avenir à notre filière, nous devons assurer un maintien de la valorisation du lait. C’est aussi par-là que passera le recrutement de forces vives pour notre filière laitière. »

Vous êtes transformateur, est-ce que la problématique de recrutement, de renouvellement de générations se pose également à votre échelon ?

F. K. : « Les transformateurs, font en effet face à ce même défi. Nous peinons à recruter pour prendre des postes à horaires décalés, avec du travail de nuit ou le week-end. Nous sommes tous en recherche de bras. Au sein de mon entreprise, nous pourrions recruter une vingtaine de personnes en CDI que nous ne trouvons pas. »

Quels sont vos vœux pour l’avenir de la filière ?

J.-M. J. : « Je suis très confiant pour notre belle filière Alpes Massif. La feuille de route est claire et je sais que Florent et son équipe sauront la conduire avec brio. »

F. K. : « Si nous voulons attirer des forces vives, nous devons communiquer positivement sur notre filière, sera mon leitmotiv pour les prochaines années. Nous sommes une filière de passionnés et c’est aussi par ce message que nous pourrons valoriser nos produits. »

Propos recueillis par Marie-Cécile Seigle-Buyat

*La Charte d’avenir bovin lait est un fonds collectif complété par des aides du Conseil régional AURA, afin d’octroyer un droit à tirer de 2 500 € aux nouveaux porteurs de projets de la filière bovin lait pour soutenir : La prise de congés L’accompagnement des ressources humaines Le conseil à la qualité du lait

Florent Kaplon, nouveau président du Criel AMC

Florent Kaplon, ancien président du collège président du collège entreprise de transformation privée, a été élu président du Criel AMC à la suite de Jean-Michel Javelle. À 42 ans et originaire de la Nièvre, ce père de famille a conduit toute sa carrière dans les entreprises de transformation laitière. Il l’a débuté chez Danone et dans une coopérative fromagère en région parisienne avant de rallier l’Auvergne et d’intégrer en 2013 les établissements Paul Dischamp. « C’était un vrai défi, car sur le site où je travaille à Saint Nectaire, il n’y avait pas d’organisation de collecte. » Il est aujourd’hui directeur de l’amont. Le représentant des transformateurs ne se verrait pas évoluer ailleurs que dans le monde de l’élevage. « Nous avons vraiment un lien avec les producteurs. C’est un métier très prenant. Nous nous devons d’être un appui au quotidien, être réactifs. »