TOUR DES VIGNOBLES
Millésime 2022 : bilan pré-vendanges

Alors que la sécheresse sévit toujours et à quelques semaines des vendanges, nous vous proposons un tour des vignobles pour un premier bilan quantitatif et qualitatif de ce millésime 2022.

Millésime 2022 : bilan pré-vendanges

Côtes-du-rhône : une année homogène

« En côtes-du-rhône septentrionales et méridionales, le potentiel de récolte est plutôt important avec une situation sanitaire très saine. Cette année, nous n’avons pas eu de gros soucis, avec un mildiou peu présent et seulement quelques symptômes d’oïdium sur certains vignobles. C’est donc une année plutôt satisfaisante », résume Éric Chantelot, directeur de l’Institut Rhodanien à Orange. Toutefois, les conditions climatiques (régime pluviométrique très limitant, mistral, fortes chaleurs) ont entraîné, davantage en partie méridionale, une souffrance de la végétation et donc une situation foliaire pas vraiment idéale. En revanche, contrairement au millésime 2019, il n’y a pas pour l’instant de dégâts significatifs sur les raisins. « Nous avons des vignes vraiment belles avec de jolies grappes. Cependant, les rendements risquent d’être un peu atténués par rapport au potentiel initial du fait du manque d’eau et de la taille des baies. » Aussi, « les vignerons se préparent à vendanger, en particulier sur certains cépages, notamment en vins blancs. » Le coup d’envoi des vendanges devrait être donné autour du 8 août sur l’ensemble de l’AOC côtes-du-rhône, soit une dizaine de jours d’avance par rapport à une année normale. Certains viticulteurs pourraient être tentés d’attendre un événement pluvieux qui permettrait de relancer la maturation et d’avoir un bon équilibre polyphénolique.

Diois : les premières vendanges vers le 15 août

Dans le vignoble du Diois, le phénomène de sec est aussi bien présent. Toutefois, « nous avons eu les bénéfices d’un orage au mois de juin, entre 40 et 60 mm selon les secteurs, qui a bien amélioré la situation des vignes », explique Fabien Lombard, viticulteur et président du syndicat de la clairette de Die et des vins du Diois. « Nous sommes sur la même trajectoire que le millésime 2003, lui aussi secoué par les fortes chaleurs. Pour l’instant, nous ne voyons pas de dégâts sur les raisins mais il faut rester prudent… et nous espérons un peu de pluie d’ici les récoltes », poursuit-il. Les vendanges devraient débuter autour du 15 août pour le muscat (fin août-début septembre pour la clairette), soit presque trois semaines plus tôt que l’an passé. Récemment, le conseil d’administration du syndicat a voté un rendement, pour les différentes appellations des vins tranquilles et effervescents, à 55 hl/ha (rendement cahier des charges : 50 hl/l pour l’AOC châtillon-en-diois et coteaux-de-die, 60 hl/l pour la clairette et crémant de Die). À quelques semaines des récoltes, Fabien Lombard n’a, pour l’instant, pas eu d’alertes en termes de difficultés à recruter de la main-d’œuvre. « Les récoltes étant en août, nous aurons peut-être aussi les étudiants. La tension a cependant été très forte au printemps, avec un manque de tractoristes par exemple », conclut-il.

IGP Drôme : des vendanges à deux vitesses !

« Dans bon nombre de zones, il n’y a pas eu de réserves d’eau au mois de mai au moment de la croissance de la vigne, ce qui a forcément pénalisé le développement végétatif et la taille des baies. Aujourd’hui, les vignes irriguées poursuivent leur maturité. Pour les autres, nous pouvons craindre un blocage dû au stress hydrique. Les vendanges seront donc sans doute à deux vitesses », déclare Adelin Marchaud, président de la fédération drômoise des IGP viticoles. Toutefois, l’état sanitaire des vignes reste bon, avec très peu de pression parasitaire. Quant aux rendements, « il est vraiment tôt pour les estimer. Il y a quand même un manque de grappes assez important, mais on ne sait pas ce qu’il peut se passer en un mois ». Les vendanges pourraient débuter à la mi-août.

Ardèche : une situation hétérogène

Après un hiver plutôt pluvieux, le vignoble ardéchois a lui aussi connu des périodes de sécheresse « sans que cela ne provoque de stress sur les vignes », indique Philippe Dry, directeur du groupe Uvica-Vignerons Ardéchois. Cependant, le territoire étant très vaste, la situation est assez hétérogène selon les secteurs : par exemple, les vignes sont en souffrance du côté de Valvignières ou de Bourg-Saint-Andéol, contrairement à celles du contrefort des Cévennes qui ont bénéficié de davantage de pluies. « La végétation est relativement préservée et l’état sanitaire est plutôt très bon », rajoute-t-il. Alors que les récoltes devraient être faites en grande partie au mois d’août, les maturités ne sont, pour l’heure, pas encore là : « c’est assez variable selon les secteurs. Nous sommes un peu suspendus à l’espoir d’une ou deux pluies d’ici les vendanges, car il faut bien avouer que cette sécheresse nous fait peur ». Niveau récoltes, les estimations s’annoncent raisonnables pour le millésime, de l’ordre de 360 000 hectolitres (contre 300 000 hl l’an passé).

Beaujolais et mâconnais

Jérôme Chevalier, le président de l'Union des producteurs de vins de Mâcon est optimiste : « S'il pleut et qu'il n'y a pas d'orages de grêle, 2022 sera un très beau millésime ». Dans le vignoble voisin du beaujolais, selon Daniel Bulliat, président de l'Inter Beaujolais : « Le millésime 2022 risque de ressembler à celui de 2020. On a gagné en qualité, en concentration, avec plus de tanins. On a fait des vins plus puissants. Mais avec moins de volumes », indique-t-il. Par rapport à 2021, année marquée par des gelées printanières et une saison pluvieuse synonyme de maladies, 2022 présente au contraire un état sanitaire très bon. En revanche, dans les deux vignobles, on redoute la sécheresse. Les pluies de juin ont sauvé la saison mais ne permettront pas une récolte abondante. « Il va falloir qu'il pleuve en août au risque que la maturation soit bloquée et qu'il n'y ait pas de jus dans les cuves », s’inquiète Jérôme Chevalier. L'inter Beaujolais chiffre le risque de perte de quantité à 20 % et garde également un œil sur les températures caniculaires car « au-dessus de 33-35°, elles créent du stress pour le gamay qui se rétracte et bloque la maturation », explique Daniel Bulliat. Ce climat aura pour conséquence des vendanges précoces qui devraient démarrer aux alentours du 20 au 25 août. « Avec les machines, on va être obligés de ramasser la nuit, précise Jérôme Chevalier. Car avec des jus à plus de 30°, on risque l'oxydation ». « On adapte nos vinifications pour faire des vins plus légers pour le beaujolais nouveau », avance de son côté Daniel Bulliat. Si dans le Mâconnais, une grande partie des vendanges est mécanisée, dans le beaujolais, « les trois quarts des vignes ne sont pas adaptées à une récolte à la machine. On est très donc très dépendant de la main-d’œuvre ». Or, cette année encore, alors que les campagnes de recrutement ont déjà commencé, les saisonniers manquent cruellement à l’appel.

Forez et Roannais : une récolte hétérogène

« Au niveau des rendements, une grosse hétérogénéité est à prévoir en côte-roannaise et côtes-du-forez. D’un côté, le Roannais a bénéficié d’orages apportant 100 à 120 mm d’eau et de l’autre, la partie centre et sud du Forez ont reçu à peine 60 mm d’eau engendrant un flétrissement des baies. Pour cette zone, on craint un réel impact sur le rendement », indique Gille Bonnefoy, président de l'association des viticulteurs du Forez et du Roannais (AVFR). Le canton de Boën-sur-Lignon (Forez) a fortement été impacté par la grêle avec des pertes oscillant entre 30 et 100 %. « On estime qu’il y a un tiers de la récolte qui est perdu sur l’ensemble du Forez ». Les vendanges devraient démarrer au 1er septembre pour les vignes qui n'ont pas connu de stress hydrique et autour du 15 septembre pour celles qui ont manqué d’eau soit presque deux semaines d’avance par rapport à l’année dernière. « D’ici-là on espère un peu d’eau pour gagner en maturité mais je reste plutôt optimiste sur la qualité du vin cette année. Les millésimes précoces sont en général de bons crus avec peu d’acidité et une bonne teneur en sucre. La sécheresse a préservé un bon niveau sanitaire », indique le président de l’AVFR.

Vins de Savoie : « une année sublime avant la sécheresse »

« On était sur une année sublime comme on n'en avait pas eu depuis des années mais c’était sans compter sur l’arrivée de la sécheresse. Aujourd’hui c’est une certitude, les rendements espérés ne seront pas atteints. En moyenne, 113 000 hectolitres de vins de Savoie sont produits, cette année on sera satisfait avec 100 000 hectolitres. La qualité devrait cependant être au rendez-vous grâce à des cépages rustiques et résistants même si un peu d’eau avant les vendanges serait bénéfique », estime Franck Berkules, chargé de communication de l’interprofession des vins de Savoie. Les vendanges sont prévues autour du 25 août et vers le 10 septembre pour les cépages autochtones à maturation tardive comme la jacquère. Cette année en revanche, le recrutement de saisonnier s’annonce compliqué. « Les viticulteurs cherchent de la main-d’œuvre depuis plus de deux mois. Même les habitués ne sont pas au rendez-vous. Les rangs s’éclaircissent de plus en plus, c’est inquiétant. Peut-être que les pentes de Savoie font peur aux saisonniers ? » s’interroge Franck Berkules.

Jura : un millésime très en avance.

Dans le Jura, les vendanges devraient démarrer autour du 18 août avec les crémants, soit 28 jours d’avance par rapport à l’année dernière. Du côté de la qualité, c’est un très beau millésime qui se présente. En revanche, le vignoble du Jura est, lui aussi, en attente de pluie pour compenser les seuls 60 mm qui sont tombés depuis fin juin. « Les grappes sont en attente d’eau pour gonfler et arriver à maturité. Le poulsard, sensible à l’échaudage, a déjà perdu quelques grains », indique Antoine Zbyrko, œnologue au laboratoire départemental d’analyses du Jura (LDA39). En revanche, les vignes sont relativement saines. La période sensible aux maladies (constitution et fermeture de la grappe) est passée. Du côté des rendements, « si l’eau est au rendez-vous, le millésime devrait se rapprocher du millésime du siècle de 2018. Sans précipitations, ce sera malgré tout un bon millésime. Nous avons eu une très belle sortie de fruits, il ne manque plus que l’eau pour que ça gonfle », résume Antoine Zbryko.

AP, LP, BV, IR.