INTERVIEW
« Le métier de conseiller agricole est en constante évolution »

Le métier des conseillers agricoles a indéniablement évolué au fil des années. Qu’ils soient spécialisés en conseil technique ou en charge de l’animation de projets collectifs, ils sont aujourd’hui, plus qu’hier, formés pour outiller les agriculteurs dans une relation « horizontale ». Objectifs : les rendre acteurs, autonomes et pleinement impliqués dans leur profession. Détails avec Antoine Carrer, délégué régional de Trame, association de développement agricole et rural.

« Le métier de conseiller agricole est en constante évolution »
Antoine Carret, délégué régional de Trame, association de développement agricole et rural. ©Trame

Quelles évolutions remarquez-vous ces dernières années dans le métier de conseiller et technicien agricole ?

Antoine Carrer : « C’est un métier qui est en constante évolution. Aujourd’hui, les conseillers agricoles investissent des sujets dont ils n’avaient pas connaissance ne serait-ce qu’il y a cinq ou six ans en arrière. Ces dernières années, on parle beaucoup des programmes alimentaires territoriaux (PAT), par exemple. C’est un sujet totalement nouveau sur lequel ils ont dû se former et se renseigner. De façon plus générale, les évolutions sociétales qui se répercutent directement dans les fermes, leur demandent une veille constante d’informations. J’entends par là l’évolution des pratiques agricoles qui, avec l’arrivée de la bio mais aussi d’autres techniques alternatives, leur demande d’être régulièrement à la page. Ces nouveaux sujets sont venus apporter une nouvelle technicité pour certains, un défi qu’il a fallu relever pour accompagner au mieux les agriculteurs dans leur transition. »

Les outils numériques font partie du quotidien des agriculteurs. Ils servent aussi aux conseillers à amener une nouvelle méthodologie et organisation du travail au sein des collectifs agricoles…

A.C. : « Oui, absolument. Pour certains groupes d’agriculteurs, le numérique est vraiment venu structurer l’organisation du travail. Je constate, lors de formations Trame ou de réunions de collectifs agricoles auxquelles j’assiste, que WhatsApp est l’outil favori pour s’échanger rapidement des informations. De plus en plus de conseillers se servent de ces groupes pour impulser une vraie dynamique d’échanges, donner rendez-vous aux agriculteurs de manière beaucoup plus efficace. Ces derniers consultent de moins en moins leurs mails mais il suffit d’une petite alerte sur leur téléphone pour les solliciter rapidement. Certains groupes utilisent de manière très méthodique des calendriers partagés qui marchent très bien et qui leur sert de rappels. Dans ce nouveau contexte digital, les conseillers agricoles sont parfois très sollicités, même une fois leur journée de travail terminée. C’est l’envers de la médaille de ces outils qui peuvent entraver parfois le droit à la déconnexion. »

Trame est à l’initiative d’une formation nommée « Boîte à outils de l’animateur ». En quoi consiste-t-elle ?

A.C. : « C’est une formation adaptée pour des conseillers qui interviennent pour animer des groupes, des collectifs en émergence, notamment dans le cadre de la transition agroécologique. Nous l’avons mise en place dans l’optique de rendre les agriculteurs acteurs de leurs projets. Cette évolution passe aussi par un changement de posture de la part des conseillers. Je m’explique : le conseiller/technicien d’avant avait une relation que nous pourrions définir de « verticale » avec l’agriculteur. Aujourd’hui, leur relation a évolué, le conseiller n’est plus là pour apporter « une recette phyto » toute prête ou des calendriers de travaux agricoles à respecter sur l’année … Leur relation est donc au fil du temps devenue « horizontale ». Dans cette formation je mise beaucoup sur la notion d’autonomie. Je ne leur donne aucun polycopié, ne prépare aucun power point, je les mets en situation sur des cas pratico-pratiques. Cette démarche leur permet de reproduire ce schéma avec les agriculteurs, en leur apportant avant tout des outils « malins » et non pas en déversant des infos figées. C’est une manière de se débarrasser des vieilles méthodes et d’aller à l’essentiel de leur métier. »

Quels atouts doit avoir un conseilleur agricole aujourd’hui, selon vous ?

A.C. : « Je dirais qu’il doit avant tout faire preuve d’empathie. C’est à mon sens sa qualité première. Il est aussi le garant de la place et de la parole de chacun. C’est essentiel dans des collectifs agricoles type GIEE ou Geda où les fortes personnalités peuvent prendre le dessus sur les plus discrètes. Toute parole est bonne à prendre et peut faire évoluer les débats. De la bienveillance sans complaisance définit bien la vision que j’ai d’un bon conseiller agricole aujourd’hui. »

Propos recueillis par Alison Pelotier