TECHNIQUE
L’insecte stérile, source d’espoir et d’impatience

Depuis 2015, la technique de l’insecte stérile (TIS) fait l’objet de projets de recherche et d’essais dans les centres d’expérimentation français. Si les premiers résultats semblent encourageants, la dissonance entre le temps de la recherche et l’urgence des producteurs crée une certaine incompréhension.

L’insecte stérile, source d’espoir et d’impatience
La technique de l'insecte stérile (TIS) nécessite la mise au point d’un élevage massif qualitatif et de bonnes conditions de stockage et de transport. ©INRAE_Arnaud_Ride

C’est une évolution qui suscite l’espoir de nombreux producteurs. Afin de lutter contre la Drosophila suzukii, plusieurs organismes de recherche français développent la technique de l’insecte stérile (TIS). Conçue en 1955 par l’entomologiste américain Edward Fred Knipling, la TIS consiste à lâcher des mâles stériles au sein des vergers, afin de susciter des accouplements non fertiles et d’augmenter la non-viabilité des œufs. Si elle s’est montrée efficace dans de nombreux cas à l’étranger, cette méthode nécessite néanmoins des coûts très élevés et une collaboration de plusieurs acteurs. L’exemple le plus concret est celui du programme OK SIR, démarré en 1992 en Colombie Britannique (Canada). La TIS a été créée afin de réduire le recours aux insecticides contre le ravageur carpocapse sur 3 400 ha de culture de pommiers. Ce projet a nécessité la création d’une unité d’élevage de 2 millions de carpocapses stériles par jour, financé à 60 % par les impôts des riverains et les charges des producteurs1 et à 40 % par le gouvernement et les universités. Les lâchers stériles ont ainsi été réalisés pendant 20 à 22 semaines, soit une densité de 2 000 papillons stériles par ha et un coût de 1 120 à 2 000 $ par hectare. Un investissement très conséquent, qui a néanmoins permis au pays de diminuer de 94 % la population sauvage de carpocapses et d’atteindre 96 % de réduction d’achat d’insecticides entre 1991 et 2016. In fine, 90 % des vergers présentent moins de 0,2 % de dégâts.

Des essais enfin prévus en Aura

La France est encore loin d’un tel modèle. Des recherches sont pourtant lancées depuis plus de 8 ans. Entre 2021 et 2023, l’INRAe et le CTIFL ont procédé à des lâchers de mâles stériles en culture de fraisiers et framboisiers (serres confinées et tunnels de production). Si les résultats sont encourageants, plusieurs questions subsistent. La TIS nécessite la mise au point d’un élevage massif qualitatif et de bonnes conditions de stockage et de transport. Raison pour laquelle les essais se sont pour 
l’instant cantonnés au département du Gard pour la fraise. Les producteurs sont pourtant demandeurs d’essais en zone Auvergne-Rhône-Alpes. « Nous avions demandé que les essais de l’année 2023 se déroulent dans les monts du Lyonnais et du Velay, rappelle Éric Pauchon, producteur de petits fruits rouges en Haute-Loire. Mais cela nous a été refusé pour des questions de logistique, puisque le centre de production des insectes de Baladran (Gard) se situe à 2 h 30 de nos exploitations. Nous avons pourtant les conditions idéales pour réaliser des essais : de l’humidité la nuit, des journées chaudes, une production étalée sur deux mois… » Une déception entendue par le CTIFL, qui assure que le projet 2024-2026, financé par 
l’Office français de la biodiversité, intégrera des lâchers d’insectes stériles sur cerises. La région Auvergne-Rhône-Alpes sera-t-elle concernée ? Une information difficile à affirmer, puisque les recherches de parcelles n’ont pas encore commencé. 

1 - Les riverains déboursaient entre 6 et 12 $ l’année, tandis que les charges des producteurs étaient de 139 $ par ha.

Léa Rochon