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Gabriel Attal fourbit ses armes avant le SIA

Le Premier ministre a tenu une conférence de presse ce mercredi 21 février. L’occasion pour Gabriel Attal de tenter de rassurer le monde agricole et d’assurer les arrières des membres du gouvernement qui viendront au Salon de l’agriculture, Emmanuel Macron en tête, attendu le samedi 24 février dès l’ouverture.

Gabriel Attal fourbit ses armes avant le SIA
Gabriel Attal a donné une conférence de presse le mercredi 21 février, à quelques jours du SIA, pour tenter de désarmorcer la colère des agriculteurs. ©Service photo Matignon

« Ces dernières semaines, partout en Europe, les agriculteurs ont fait entendre un cri de colère, un cri qui vient de loin. Mais derrière ce cri, il y a surtout un appel à l’action ». C’est par ces mots que Gabriel Attal a ouvert sa conférence de presse ce mercredi 21 février. Et ce sont effectivement de l’action et des actes qu’attendent avec impatience les agriculteurs mobilisés depuis plusieurs semaines.

Le point sur les engagements pris

Gabriel Attal a tenu à revenir « très concrètement » sur le bilan des 62 engagements pris avec les principales organisations syndicales. « En trois semaines, 100 % des chantiers ont été ouverts. Nous avons abouti ou nous sommes sur le point de le faire pour 8 engagements sur 10 », a assuré le Premier ministre qui a également précisé « qu’un dossier complet avec l’ensemble des engagements et l’état d’avancement et le calendrier sera en ligne, accessible à tous les Français pour mesurer où nous en sommes, et, quand l’engagement n’a pas encore été assuré : quand il le sera. »

La souveraineté agricole

« Le projet de loi d’orientation agricole reconnaît noir sur blanc notre objectif de souveraineté agricole et alimentaire, et place l’agriculture au rang des intérêts fondamentaux de la Nation. C’était une demande des organisations représentatives des agriculteurs. Elle faisait partie des 62 engagements », a affirmé Gabriel Attal.

Mieux reconnaître le métier d’agriculteur

Concernant les troubles du voisinage, le Premier ministre a confirmé qu’une proposition de loi serait examinée au Sénat le 12 mars prochain avec un objectif d’adoption définitive mi-avril. Sur ce volet de la reconnaissance, Gabriel Attal a dit que « la meilleure reconnaissance que l’on puisse accorder aux agriculteurs, c’est de consommer leurs produits ». Alors que les objectifs de la loi Égalim dans la restauration collective (50 % de produits durables et de qualité et 20 % de bio) ne sont pas atteints, le Premier ministre a annoncé que « d’ici avril, une Conférence des solutions, associant État et collectivités locales, compétentes sur les cantines scolaires, sera réunie par les ministres ».

Le revenu des agriculteurs

Le troisième axe abordé par Gabriel Attal a été celui du revenu des agriculteurs et de la valeur de notre alimentation. Sur la loi Égalim, le Premier ministre a reconnu qu’elle devait « être améliorée et renforcée » mais aussi « respectée » et que les « fraudeurs devaient être sanctionnés ». L’occasion également de confirmer « qu’une mission parlementaire a été lancée et confiée aux députés Alexis Izard et Anne-Laure Babault pour renforcer le dispositif ÉgalimSur le fondement des conclusions de cette commission, un nouveau projet de loi sera présenté au Parlement d’ici l’été pour rééquilibrer encore les choses ». Trois grands enjeux seront retravaillés : la construction du prix en marche avant ; la place des indicateurs de coûts de production, et enfin, les centrales d’achat européennes. « Le revenu de nos agriculteurs, c'est aussi les aider face aux urgences et aux crises et leur permettre de toucher toutes les aides auxquels ils ont droit », a-t-il affirmé, énumérant les aides liées à la MHE, à la viticulture, à la bio, la suppression de la hausse du GNR. Pour Gabriel Attal, « aider les agriculteurs, c’est aussi leur permettre de toucher les aides de la Pac. À l’heure à laquelle je vous parle, 99,61 % des aides de base de la Pac ont été versées aux agriculteurs – soit plus 7,5 milliards d’euros. D’ici au 15 mars, nous serons à 100 % », a-t-il promis.

La compétitivité des exploitations

Une demande forte des organisations syndicales a d’ores et déjà été obtenue. En effet, le Premier ministre a annoncé que « pour faire face aux tensions de recrutement, nous allons exonérer de cotisations patronales la quasi-totalité des emplois saisonniers agricoles : c’est la fameuse mesure TO-DE, à la fois sa pérennisation et le passage de 1,2 à 1,25 ». Ce sera applicable dès cette année.

Autres mesures très attendues, celles en faveur de l’élevage. « Nous sommes en train de finaliser un dispositif pour alléger les impôts et les charges sociales des éleveurs dont la valeur du cheptel augmente, notamment du fait de l’inflation. Au total, ce sont 150 millions d’euros mobilisés pour nos éleveurs. Là aussi, cela rentrera en vigueur dès cette année », a-t-il promis.

Concurrence déloyale

Concernant la thiaclopride, un néonicotinoïde interdit en Europe depuis 2020, mais dont les importations sont encore possibles, Gabriel Attal l’a affirmé « nous avons demandé à la Commission européenne d’interdire toute importation de produits agricoles contenant de la thiaclopride. Je prendrai un arrêté vendredi pour interdire son importation en France. Le Premier ministre a par ailleurs annoncé avoir obtenu des « avancées au niveau européen pour mieux les protéger face aux importations ukrainiennes en matière de volaille, d’œuf et de sucre. Nous sommes également mobilisés pour mieux inclure les céréales dans les mécanismes de protection ».

La simplification

Autre sujet sur lequel le gouvernement est très attendu : celui de la simplification administrative. « Un point sera fait désormais par les ministres chaque mois pour présenter concrètement ce qui change dans la vie de nos agriculteurs », a-t-il assuré. En Haute-Garonne, Gabriel Attal s’était engagé sur 10 grandes mesures de simplification nationales. « Trois textes ont d’ores et déjà été pris et 3 sont sur le point de l’être puisqu’ils sont actuellement examinés au Conseil d’État. Il s’agit des mesures sur le débroussaillement, sur la simplification des contentieux agricoles et pour en finir avec la surtransposition de nos seuils d’évaluation environnementale », a-t-il précisé. Par ailleurs, le projet de loi agricole contient cinq nouveaux articles de simplification. La simplification doit également se faire au niveau européen. « La Commission européenne présentera d’ici demain un nouveau paquet simplifications massives, qu’il sera possible de mettre en œuvre très rapidement », a-t-il annoncé.

Le renouvellement des générations

Le Premier ministre a annoncé plusieurs mesures « actées » et qui seront présentes dans les prochains textes financiers : le cumul des exonérations sociales au moment de l’installation ; le relèvement des exonérations d’un certain nombre de taxes pour la transmission des exploitations. « Une mission a été lancée d’ici au prochain budget pour travailler notamment sur un dispositif de crédit d’impôt, pour favoriser la transmission d’exploitations aux jeunes agriculteurs. De plus, 2 milliards d’euros de prêts garantis par la puissance publique sont accessibles dès cette année aux agriculteurs nouvellement installés », a encore indiqué Gabriel Attal.

Alors que les portes du Salon de l’agriculture s’apprêtent à s’ouvrir, le Premier ministre a tenté de désamorcer la colère qui règne dans les campagnes. Reste à savoir si les annonces seront à la hauteur pour apaiser un monde agricole prêt à ne rien lâcher. La réponse sera apportée le samedi 23 février avec la venue du président Emmanuel Macron attendue pour l’inauguration du SIA.

 

C.Dézert sur communiqué

Ecophyto

L’indicateur européen sera la référence

« Je vous annonce que l'indicateur de référence pour suivre notre objectif de réduction des produits phytosanitaires ne sera plus le Nodu franco-français mais bien l'indicateur européen. C'est conforme à notre volonté d'éviter toute surtransposition. C'était la demande des agriculteurs », a déclaré Gabriel Attal, « au grand dam des associations écologistes. Celui-ci maintient toujours son ambition de réduire de 50 % l'usage des pesticides d'ici 2030 ». Pour le gouvernement, l’indicateur européen a l’avantage, depuis 2011, d’être un élément de comparaison fiable entre les différents pays et de pointer les progrès et les éventuelles défaillances. Un conseiller du Premier ministre a souligné que depuis 2018, les agriculteurs français avaient réduit de 96 % l’usage des produits les plus dangereux pour la santé, de 32 % celui du glyphosate, et de 18 % les quantités de substances actives (QSA).