RENOUVELLEMENT DES GENERATIONS
Une jeunesse plongée entre modernisme et incertitudes

En Grèce, l’agriculture est avant tout une histoire de famille. Le fossé se creuse néanmoins entre les jeunes qui héritent d’une exploitation viable et font le choix de l’innovation, et ceux qui subissent les aléas économiques et climatiques.

Une jeunesse plongée entre modernisme et incertitudes
Lors des inondations de septembre 2023, Ioannis Senko, apiculteur à quelques encablures de la ville de Larissa, a perdu 640 ruches sur les 2 400 dont ils disposaient. ©LR_Apasec

Une grande maison sur trois étages, achalandée de tracteurs de toutes les générations. C’est ainsi que vit la famille Lygouras, arboricultrice depuis plus de 40 ans, à Tyrnavos, dans les environs de Larissa. L’ancien rez-de-chaussée est réservé aux grands-parents, tandis que les étages supérieurs sont dédiés aux générations suivantes. Si ce mode de vie peut surprendre, il est loin d’être atypique pour les agriculteurs grecs, où les enfants sont très souvent voués à reprendre les rênes de l’exploitation. Une règle qui n’a pas échappé à Grigoris Lygouras et son frère Andreas. Tous deux gèrent une exploitation fruitière de 30 ha*, qui n’était pourtant composée que d’un verger de 2,5 ha lors de sa création en 1977 par leurs parents.

Agrandissement et coopération

Depuis ce temps-là, les vieux tracteurs des années 1980 ont été remplacés par des machines dotées de cabines de sécurité et de techniques de taille efficaces. La fratrie, qui a peu subi les tempêtes et inondations de septembre 2023, a opté pour une production fruitière très diverse. L’exploitation compte dorénavant 6 ha de cerises (5 à 10 t/ha et un prix moyen de 2 €/kg), 10 ha de nectarines (20 à 30 t/ha vendues à 0,60 €/kg) et 10 ha de poires avec un tonnage similaire, vendues à 0,35 €/kg. À ces productions, viennent s’ajouter des pêches sur 5 ha (1 à 1,2 t/ha vendues 1,2 €/kg) et 2 ha de raisin de table (25 t/ha vendues 0,50 €/kg). Deux ha de cerises supplémentaires vendues pour la transformation au prix de 0,35 €/kg complètent cette liste à la Prévert. « Nos fruits, principalement destinés à la consommation directe, sont vendus à travers une coopérative et chez les détaillants, tandis qu’un tiers de la production est exporté », explique l’aîné. Afin de répondre aux enjeux de développement durable, la fratrie utilise un système d’irrigation goutte-à-goutte et a introduit la sélection variétale, ainsi que le broyage des tailles comme engrais organique, lorsque la pratique consistait pourtant encore à brûler les résidus ligneux.

 « Les jeunes agriculteurs n’ont aucun espoir »

Mais ce dynamisme ne doit pas effacer les revendications d’autres filières. Cet hiver, lors des manifestations agricoles qui ont enflammé une partie des pays membres de l’Union européenne, les apiculteurs grecs ont été parmi les plus actifs. Tous ont dénoncé un prix du miel trop inférieur aux coûts de production et une réelle concurrence du miel faussement étiqueté « grec ». Selon Eurostat, la production grecque de miel représente 1 % de celle mondiale. Avec 7,4 % de la production européenne, la Grèce se hisse à la quatrième place au sein de l’Union européenne, soit l’équivalent de 16 000 t de miel produits par an. Un tonnage qui pourrait néanmoins diminuer durant les prochaines années. Lors des inondations de septembre 2023, Ioannis Senko, apiculteur à quelques encablures de la ville de Larissa, a perdu 640 ruches sur les 2 400 dont ils disposaient. « Lorsque je forme et soutiens plusieurs jeunes apiculteurs, ils me demandent toujours : "Ioannis, comment vais-je survivre avec ces prix" ? En Grèce, les jeunes agriculteurs n’ont aucun espoir […] Les apiculteurs ne sont pas encore intégrés dans la politique agricole commune. »  Avec son frère Dimitri, l’ancien ingénieur en génie mécanique gère des ruches nomades et produit du miel de pin, de chêne et d’origan. Afin de diversifier leurs revenus, Ioannis s’est spécialisé dans l’élevage et la vente de reines, inséminées artificiellement ou non par ses soins. Une technique minutieuse, mais économiquement viable. Avec une douzaine d’autres apiculteurs, les deux frères ont également créé une coopérative qui promeut et vend le miel en vente directe à un juste prix, compris entre 10 et 14 € le kg, contre 3 à 4 € en circuit classique.

Léa Rochon

*Selon un récent rapport des douanes, l’introduction de fruits en provenance de Grèce en France concerne principalement le kiwi (8 863 t), les oranges (1 585 t), la cerise (291 t), les raisins de Corinthe (271 t), l’abricot (162 t) et le raisin (145 t). Les poires (12 t), pêches et nectarines (10 t) figurent loin derrière. A noter que la douane n’indique pas si la France constitue la destination finale de ces produits, ou une simple étape dans le processus d’exportation.
 
Après avoir repris et agrandi l’exploitation de leurs parents, Grigoris Lygouras (ci-contre) et son frère Andreas cultivent des cerises, nectarines, pêches, poires et raisins de table sur 35 ha. ©LR_ Apasec