ENSEIGNEMENT
Quelle formation pour les conseillers agricoles de demain ?

Le métier de conseillère en agriculture, Lucie Vallet l’a en tête depuis plusieurs années. Titulaire d’un bac S spécialité SVT, la jeune femme s’est inscrite en 2018 à l’Isara, l’école d’ingénieurs agronomes basée à Lyon. « Je suis arrivée avec l’idée de travailler avec le vivant. Mais mon intérêt pour le métier de conseillère s’est surtout renforcé lors de mes stages en caprins en première et deuxième année. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de devenir conseillère en élevage », raconte-t-elle. Se former via le stage en entreprise, une nécessité pour tous les étudiants qui, comme Lucie, souhaitent devenir conseiller en élevage. Car dans le tronc commun des cursus en écoles d’ingénieurs agronomes, la formation au métier à proprement parler se révèle encore très limitée. « Dans le parcours de formation, il n’y a pas grand-chose en matière d’animation, de soft skills, tout ce dont on a besoin pour être conseiller en agriculture. Mis à part des cours de sociologie, ma formation à ce métier s’est faite essentiellement par la pratique », souligne Édith Bruneau, ancienne de l’Isara et aujourd’hui conseillère à la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes.

Un métier en recherche d’attractivité

« Si les écoles d’ingénieurs agronomes ne consacrent pas de formations spécifiques au métier de conseiller agricole, c’est parce que l’intérêt des élèves se révèle en réalité assez faible. Sur l’ensemble des promotions, la proportion de ceux qui se destinent à ce métier est limitée », regrette Hélène Brives, enseignante-chercheuse en sociologie à l’Isara. « Pour beaucoup d’étudiants, les conseillers, ce ne sont que des vendeurs de produits phytosanitaires. Ils ont du mal à se projeter dans une dimension de conseil comme ils peuvent le faire par exemple pour les questions agroécologiques », ajoute-t-elle. Ainsi à l’Isara, comme dans la plupart des écoles d’ingénieurs agronomes en France, la formation au métier de conseiller en agriculture se limite pour les premières années à des modules ponctuels sur la nutrition animale ou le management d’équipe. Pour ceux qui se destinent véritablement à ce métier, il faut attendre la quatrième année pour se spécialiser dans un cursus plus en lien avec le conseil en agriculture. C’est le cas de Lucie, qui a opté pour un parcours élevage santé et environnement. Depuis plusieurs années, Hélène Brives anime un module optionnel conseil et exploitations agricoles pour les étudiants de quatrième année. Elle raconte : « C’est un module découverte dans lequel on fait intervenir de nombreux professionnels. Nous collaborons aussi avec la FRCuma ou le Cerfrance qui proposent à nos étudiants de réaliser pour eux des mini-études. C’est un bon moyen pour comprendre la réalité du métier de conseiller agricole ». Convaincue de son choix, l’étudiante Lucie Vallet résume les choses ainsi : « Le mieux à faire pour devenir conseiller agricole est de s’informer pour bien s’orienter au fil de son cursus. Et surtout, profiter des stages pour emmagasiner de l’expérience ! »

Pierre Garcia