ÉTUDE
Un secteur agricole marqué par une fausse féminisation

En Grèce, les femmes représentent 30 % des agriculteurs actifs*. Si ce chiffre peut paraître encourageant, il cache en réalité de nombreuses problématiques.

Un secteur agricole marqué par une fausse féminisation
Maria Partalidou est professeure agrégée à la faculté d’agriculture de l’université Aristote de Thessalonique, la seconde ville du pays. ©UE 2024_Cornelia Smet

En 2023, Maria Partalidou, professeure agrégée à la faculté d’agriculture de l’université Aristote de Thessalonique, a publié une enquête réalisée auprès d’un panel de femmes agricultrices grecques. Son constat est sans appel : « Même si elles sont impliquées, les femmes agricultrices sont nombreuses à ne pas du tout prendre part aux décisions importantes qui concernent les fermes ». Malgré la modernisation des outils, des liens forts subsistent entre la famille et l’exploitation agricole. En Macédoine orientale et occidentale, ou encore en Thrace, dans le nord du pays, les hommes cumulent bien souvent le travail sur leur exploitation et celui dans les mines de combustibles fossiles. « Lorsque l’homologue masculin est absent ou travaille dans un autre secteur, les femmes sont alors appelées à assumer plusieurs tâches au sein de la famille, détaille l’experte. Elles sont considérées comme aidant le chef de l’exploitation, et non comme gérante de l’exploitation en tant que propriétaire et décideur. » Cette situation se retrouve également dans les zones rurales des îles de la mer Égée du Nord, où les hommes sont souvent employés dans le tourisme ou la pêche, tandis que les femmes sont enregistrées comme agricultrices. Et ce phénomène n’a pas seulement une explication sociologique.

« Agricultrices sur le papier »

Selon la professeure, la plupart d’entre elles portent le titre officiel d’agricultrice à des fins fiscales ou d’assurance. « Certaines sont parfois agricultrices seulement sur le papier pour des raisons bureaucratiques, car leur mari ou leur père ne sont pas éligibles au paiement unique de la politique agricole commune ou parce qu’ils travaillent dans d’autres secteurs », analyse-t-elle. Même les femmes subventionnées par le programme de Jeunes agriculteurs ont un homologue masculin responsable de la prise de décision dans l’exploitation. En réalité, seules 10 % des femmes agricultrices posséderaient de réelles responsabilités dans la gestion de l’exploitation. Et même dans ce cas de figure, des inégalités persistent, puisque certaines décisions sont perçues comme étant plus féminines et d’autres plus masculines. « L’achat de terres et d’équipements mécaniques semble être un domaine masculin, tandis que les décisions, comme le type de cultures à cultiver, la nécessité ou non d’employer des ouvriers agricoles ou encore la commercialisation des produits, sont prises par les femmes », assure la spécialiste, avant d’admettre que 90 % des femmes ayant participé à cette enquête ont tout de même déclaré être toujours responsables du ménage et des soins familiaux.

Peu représentées dans les instances

Outre ce plafond de verre difficile à briser, l’enquête de Maria Partalidou démontre que les femmes se trouvent exclues des postes de direction au sein des organismes collectifs. « Cela se reflète dans le faible niveau de participation aux assemblées générales et aux réunions des institutions agricoles, que ce soit dans les coopératives, les groupements de producteurs ou les associations agricoles ; ainsi que leur non-représentation dans les conseils d'administration », affirme l’experte. Dans de nombreux cas, les femmes ne sont même pas conscientes de l’existence de telles institutions dans leur région.

Léa Rochon

*En France, les femmes représentent 29 % des actifs permanents agricoles, contre 32 % en 2010 et totalisent 1/4 des chefs d’exploitation (coexploitants ou associés) contre 26 % en 2020.