CLIMAT
Le gel a dévasté une partie des productions agricoles

La nuit du 7 au 8 avril restera marquée d’une pierre noire pour les agriculteurs. Les températures glaciales qui se sont abattues sur une grande partie du territoire ont causé d’importants dégâts sur les cultures. Les vignes et les vergers semblent avoir le plus souffert. 

Le gel a dévasté une partie des productions agricoles
©Actuagri

Il est pour l’heure difficile et naturellement trop tôt pour établir un bilan chiffré de la vague de froid qui a frappé une grande partie de la France dans la nuit du 7 au 8 avril. Les températures sont, par endroit, descendues jusqu’à -8°C. De nombreuses stations météo ont battu leur (triste) record pour un mois d’avril. Ainsi celle de Chalon/Champforgeuil (Saône-et-Loire) qui affichait -6,2°C sous abri le 8 avril ou encore -4,5 degrés à 6 h 15, le même jour, à Villeneuvette (Hérault). L’avant-veille, le 6 avril, la ville de Beauvais (Oise) s’était réveillée sous un record hivernal (-6,9°C) alors que la semaine précédente, elle avait battu son record de chaleur : +24,8°C, le 31 mars. Partout en France, les températures ont avoisiné le -4°C/-5°C alors même que les vergers étaient en fleurs et que de très nombreuses vignes étaient en plein débourrement. Selon Météo France, « la nuit du 7 avril 2021 apparaît même comme l'une des plus froides depuis 1974 ». 

« Nouvelles pas rassurantes »

Pour beaucoup de départements, « la vendange est déjà faite ». C’est notamment le cas dans la zone Armagnac où les 21 000 ha de vignes ont été touchés entre 70 % et 90 %. La Dordogne et le Lot-et-Garonne limitrophes ont aussi subi des dégâts. Les appellations Bergerac et Duras sont touchés sur toute la surface à des degrés divers, entre 5 % et 95 % selon les parcelles.  

En Gironde, où les températures sont descendues jusqu’à -5°C et où le recensement des préjudices est en cours, beaucoup de viticulteurs s’attendent à des pertes proches de celle du gel tardif de 2017 (20-21 avril puis 27-28 avril) qui avait entraîné une chute des récoltes de 30 %. Deux nuits de gel qui avaient impacté 60.000 des 114.000 ha des vignobles et engendré une perte d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires ! Plus au Sud, dans l’Hérault, 75 % des surfaces sont gelées à 100 %. Le département voisin de l’Aude n’a pas été épargné et selon les premières remontées du terrain, « tout le département est touché. Les nouvelles ne sont pas rassurantes », dit-on sur place. 

« Sauver les exploitations »

Les arbres fruitiers ont malheureusement subi le même sort que les vignes. Dans le Lot-et-Garonne, on estime déjà que la prochaine récolte de pommes peinera à atteindre 20 % de la normale. Il en sera de même pour les kiwis. « Que ce soit dans l’Ouest, notamment en Anjou, dans le Sud-Ouest et le Sud-Est, c’est catastrophique. Seule une petite partie des Pyrénées-Orientales aurait été épargnée, sinon toute la France est touchée », nous a confié Françoise Roch, présidente de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FPNF). Elle a ressorti les dossiers de 1991 quand le gel avait frappé la plupart des zones arboricoles et mis à terre 80 % de la production. Pour cette année, « on risque d’avoir perdu au moins 60 % des récoltes », a-t-elle ajouté. « Le plus dramatique est que certains agriculteurs ont lutté pendant 12 nuits consécutives pour sauvegarder leur récolte et qu’ils ont tout perdu en quelques heures, malgré tous les moyens qu’ils ont mis en œuvre : aspersion, feux de paille, bougies anti-gel… ». En Corrèze, autre bassin de production de pommes, la récolte 2021 devrait être réduite à sa part congrue. Il en sera de même pour la récolte des abricots dans la Drôme ou les Bouches-du-Rhône. Christel Césana, présidente de la FDSEA de l'Ardèche, a annoncé à la radio France Bleu « 100 % de pertes en abricots et en cerises ». Le gel était si intense que « les feuilles de cerisiers craquaient sous la main quand on les serrait », a-t-elle précisé. Enfin certains betteraviers du Centre Val-de-Loire ont estimé avoir perdu 90 % de leur semis. « On a entrepris des démarches auprès des élus et des préfectures pour obtenir des suspensions de charges, des procédures de catastrophe naturelle, des calamités exceptionnelles. Les récoltes sont perdues. Il faut maintenant sauver les exploitations », a soutenu Françoise Roch.

La FNSEA demande une « réaction rapide des pouvoirs publics »

Dans un communiqué du 8 avril, la FNSEA qui apporte « son soutien total à tous les producteurs qui se trouvent confrontés à des incertitudes majeures pour la suite de leur activité (…) appelle aussi à une réaction rapide des pouvoirs publics pour apporter des solutions concrètes afin de permettre aux agriculteurs de retrouver de la visibilité ». Ce dramatique épisode climatique est aussi l’occasion pour elle de rappeler « l'importance de permettre aux agriculteurs de bénéficier de dispositifs de prévention et d'un régime de gestion des risques à la hauteur du défi climatique ». La FNSEA entend ainsi faire jouer tous les instruments du règlement européen « Omnibus », mais aussi rénover le « régime des calamités agricoles » ou mettre « en place une nouvelle gouvernance de l'assurance récolte ». Le député Frédéric Descrozaille (LREM, Val-de-Marne) devrait remettre, d’ici l’été, un rapport sur l’assurance multirisques climatiques (assurance récolte) au ministre de l’Agriculture qui l’avait missionné sur ce sujet.